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Le rappel

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Par Pierre Peschier

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Extrait de CANOË KAYAK MAGAZINE janvier 1999, reproduit avec permission de l'auteur et du journal

 

Le rappel, c'est l'obstacle diabolique qui hante l'esprit de nombreux amateurs d'eau vive. Nous allons essayer de dépasser l'irrationnel en ramenant la problématique du rappel à une construction logique, qui égratigne au passage quelques idées reçues.

Rappel = Danger

Voilà une affirmation toujours d'actualité. Tomber dans un rappel, c'est se trouver à coup sûr dans une situation inconfortable, pouvant dégénérer en noyade.

Confrontés eux aussi au rappel (mais pas le même !), les amateurs d'escalade ont transformé une situation extrêmement périlleuse en procédure banale, grâce au matériel et à une approche hyper rationnelle de leur sécurité.

Essayons de nous inspirer de cette démarche, pour aller plus loin, sans pour cela oublier l'axiome premier (rappel = danger).

Conditions minimum

On ne peut s'engager à franchir un rappel qu'à certaines conditions, qui doivent toutes être remplies. Un critère manquant (et un seul suffit) doit vous conduire à renoncer.

1) Le rappel doit être "modéré" c'est-à-dire que le mouvement d'eau ramenant vers l'amont ne doit pas excéder une longueur de bateau. Les amateurs de "coquilles de noix" seront donc particulièrement vigilants, un bateau court étant en moyenne plus exposé qu'un transatlantique.

2) La largeur du rappel doit être limitée : à 2 mètres si une seule rive est accessible ; à 3 mètres si les deux côtés du rappel peuvent servir de bases pour la sécurité. Cela veut dire que tout rappel de plus de 3 mètres est porté : par exemple, par gros niveau d'eau, sur le Haut Tarn, le saut du Cougnet devient rappelant ; on le portera car sa grande largeur (8 m environ) interdit toute action efficace à 100% sur un pagayeur rappelé en son centre.

3) Il faut être accompagné d'au moins 6 pagayeurs compétents, équipés de cordes et de gilets-harnais. Cela veut dire qu'on met en place obligatoirement 2 postes de sécurité (un sur chaque rive si le rappel fait entre 2 et 3 mètres de large). Chaque équipe de sécurité est composée d'un plongeur et de deux tracteurs, situés loin en aval, la corde devant être perpendiculaire à la largeur du rappel.

Des gestes à éviter en cas de blocage et de dessalage :

Sortir de son bateau

La meilleure façon d'être secouru, c'est de rester au contact de l'objet qui flotte le mieux et qui se repère aisément (pour celui qui plonge vers vous). On "stationne" donc dans son bateau, que le sauveteur n'aura pas de mal à extraire vers l'aval, avec son passager. Par sécurité, le plongeur tient d'une main le bateau, de l'autre le pagayeur (pour éviter toute échappée).

Enlever son gilet

II est communément admis qu'il faut quitter son gilet si par malheur on est pris, à la nage, par un rappel. C'est largement inexact.

 

Le seul moyen efficace de quitter un rappel pour un pagayeur transformé en nageur, c'est d'être tracté vers l'aval par des partenaires. Les techniques sont décrites dans plusieurs ouvrages (Sécurité en eau vive, Kanu Gefahren) et articles de CKM (rubriques sécurité et nage en eau vive, article Lafay ). Les tenants de la sortie à la nage par le fond seront convaincus de leur erreur après être allé nager (encordé !) dans un rappel. Dès la première seconde, on perd tout repère au point que l'aval et l'amont, le haut et le bas deviennent des notions totalement abstraites.

 

La seule issue possible repose sur la flottabilité du gilet (pour remonter près de la surface) et sur le secours d'un camarade encordé. Si le pagayeur est absolument certain que personne ne pourra l'aider, il peut toujours enlever son gilet. Se noyer sans gilet, c'est plus compréhensible pour les lecteurs de la presse quotidienne !

Placer la sécu en hauteur

Les deux postes de sécurité doivent se trouver au ras de l'eau, pour éviter que le plongeur ne passe à côté du rappelé à grande vitesse et ne puisse le saisir.

Technique

Franchir correctement un rappel, cela revient à tout faire pour conserver cap et vitesse ; c'est-à-dire ne pas tomber en travers et agir sur l'assiette du bateau pour éviter tout freinage. C'est souvent difficile à réaliser, car les rappels qui satisfont aux conditions minimum décrites, sont d'étroits couloirs rocheux dans lesquels il est très malaisé de pagayer ! Cela se solde fréquemment par une sortie "à la corde", peu glorieuse, mais révélatrice de grande cohésion dans une équipe.

Si le doute s'installe dans votre esprit, le portage s'impose. Le franchissement d'un rappel n'est jamais un souvenir impérissable, mais peut devenir la dernière tentative avant l'au-delà.

Alors prudence. Il y a tellement de jolies rivières à découvrir...

 

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L'éclairage de Jean Lamy :

     



 

 

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