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Hors Jeu

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Par Pierre Peschier

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Extrait de CANOË KAYAK MAGAZINE , reproduit avec permission de l'auteur et du journal

Le monde du canoë kayak surfe actuellement sur la vague "fun". Le playboating investit largement les pratiques, incluant celle de la descente de rivière. Loin de se poser en censeur dépositaire de la morale des eaux vives, tentons de faire le point sur le phénomène "jeu" en rivière, afin de situer ce que pourrait être le "hors-jeu".

 

On pourra peut-être alors traiter cet essai de "vieux jeu", il aura le mérite de poser des jalons qui, on l'espère, ne seront pas

ceux qui servent à se repérer dans les couloirs des hôpitaux ou dans les allées des cimetières.

Constat

Mode passagère ou phénomène durable, l'usage des "playboats" se généralise, pour le plus grand plaisir des pagayeurs.

Conçues initialement pour le rodéo, ces embarcations sont de plus en plus utilisées pour la descente de rivière.

Repères

Le rodéo, c'est avant tout une activité de production de formes, comme l'est, par exemple, la gymnastique sportive. L'engagement y est faible, puisque en général, la prise de risque maximum se solde par un gros bain. Le matériel contribue à favoriser la réalisation de figures, avec des caractéristiques communes qu'on peut résumer par :

- pointes effilées

- peu de volume

- cockpit exigu

En descente de rivière, l'incertitude et l'engagement sont omniprésents. Le pagayeur recherche en permanence là meilleure trajectoire en évitant au maximum les situations dangereuses. Un bon bateau d'eau vive aura :

- des pointes arrondies

- un volume conséquent

- un cockpit large dont on peut s'extraire facilement, y compris en position de "planté vertical avant, avec une pression forte sur le dos".

Ces caractéristiques sont surtout valables en torrent cévenol (type Haut Tarn ou Corse) et peuvent être allégées dans le

cas de rivières à gros volume (type Dora Baltéa ou Oetztaler Ache).

Il existe donc certaines incompatibilités entre les deux pratiques, bien que des convergences soient à noter. Faisons le point.

Le gros volume

Descendre dans des gros "barnums" avec un playboat semble une option tout à fait raisonnable, pour peu qu'on respecte certaines règles élémentaires.

- ne pas surestimer au niveau de la difficulté, ce qui est d'ailleurs valable pour toute forme de navigation.

- avoir des compétences en esquimautage en rapport avec la difficulté du parcours.

- avoir une jupette sûre à 100%

Le problème majeur en gros volume, c'est le franchissement des reliefs importants (rouleaux, meules et trous en tous genres).

Le playboat peut apporter des solutions puisqu'il permet de passer "par le fond", en restant au contact de l'eau qui descend. En contrepartie, il faut accepter des apnées longues et pressantes !!

L'escalier cévenol

Ce type de rivière semble peu compatible avec la pratique du playboat. La raison en est simple : les risques de coincement frontal sont très marqués avec ce type de bateau, avec en corollaire, une sortie du cockpit difficile en cas de blocage.

Faut-il censurer ces pratiques ?

Il paraît difficile de figer une norme en la matière ! Ce qu'on peut affirmer, sans être pour autant devin :

- certains kayakistes de très haut niveau sont capables de passer quasiment n'importe où en playboat.

- la généralisation de ces pratiques aura un coût élevé, en terme de blessures graves et de noyade.

L'exemple allemand

Les années 70/80 ont été marquées en Allemagne par une utilisation massive des matériaux révolutionnaires de l'époque.

Armés du Taifun, de la fameuse Schlegel Allround et du casque intégral, nombre de pagayeurs se sont pris pour des "immortels" de l'eau vive. Les pagayeurs assidus des meilleurs spots européens peuvent témoigner, au vu des nombreuses plaques funéraires qui ornent le bord des rivières, que le mythe de l'époque était quelque peu frelaté. Ne tombons pas aujourd'hui dans le même travers. On l'a déjà dit : naviguer, ce n'est pas jouer à la roulette russe. Les rivières en escaliers encombrés sont donc "hors jeu".

Elles le sont encore plus si on combine les deux activités décrites en introduction, en effectuant par exemple un cartwheel dans une chute de dix mètres. On conseillera aux irréductibles de tenter directement la figure en fauteuil roulant, avec les roues bien gonflées,

afin d'éviter l'achat inutile du playboat.

Réflexions de papys aigris, diront certains.

On peut cependant penser que tout est encore à inventer dans le domaine de l'eau vive. Pour aller au bout de cette exploration, il vaut peut-être mieux prendre soin des forces vives de la gent kayakovivus...

 

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Sujet: Rodéo=creek?

   


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