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Esquimauter pour progresser

Esquimauter pour progresser

Par Pierre Peschier

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Extrait de CANOË KAYAK MAGAZINE / DECEMBRE JANVIER 1998, reproduit avec permission de l'auteur et du journal

Outre des conseils techniques, cette rubrique vous propose ici une "autre" approche de l'apprentissage du canoë kayak. Autre, si l'on s'en réfère aux pratiques les plus courantes répandues dans le petit monde de la pagaie.
Si de trop nombreux kayakistes tendent à négliger ou retarder la pratique de l'esquimautage, nous pensons quant à nous qu'il faut commencer l'apprentissage du canoë ou du kayak par la maîtrise complète de cette technique. Mais pas n'importe comment !

 

Apprendre à naviguer, c'est faire une succession de paris. Comme aux jeux, on peut miser gros ou jouer petits bras pour limiter les pertes. Lors d'un bac par exemple, on peut choisir un site où la manœuvre apparaîtra comme une simple formalité en regard de ses propres capacités. A l'opposé, on peut s'exercer sur une veine d'eau supposée praticable, sans en être toutefois véritablement convaincu

Dans le premier cas, on apprend peu, voire pas du tout Dans le second, les progrès peuvent être fulgurants si le pari est judicieux. Mais la catastrophe pointe son nez tôt ou tard : le pari trop ambitieux survient un jour ou l'autre et se solde par un échec. Et qu'est-ce qu'un échec en eau-vive dans neuf cas sur dix ? Un bain ! Mais lorsque, chez le débutant, ce genre de bain se répète, le froid, la fatigue et parfois la peur sont de la partie. Le découragement n'est alors plus très loin, parfois même l'abandon.

Une seule alternative permet de concilier prise de risque, confort et sécurité : la maîtrise préalable de l'esquimautage. Dans ce cas, l'échec n'est plus sanctionné par un bain, mais par une simple douche vivifiante.

Alors n'hésitez pas. soyez joueur ! Mais pour ne pas quitter la table de jeu prématurément, passez par la case esquimautage.

Le bon esquimautage

La petite histoire du canoë kayak nous livre quelques recettes. Les deux meilleures nous viennent d'Autriche et constituent une redécouverte des techniques esquimaudes, retravaillées à la mode germanique. La première, trouvaille de Pawlata en 1927, demande un déplacement des mains sur la pagaie. Très populaire en France, elle est connue sous le nom de « technique latérale ». Par la suite, le « central » est mis au point par Von Alber. Cette technique devient la forme la plus achevée d'esquimautage sans être toutefois miraculeuse.
Sans vouloir propulser définitivement ces deux méthodes aux oubliettes, il faut cependant rester très réservé quant à leur universalité. Elles tendent à s'inscrire dans une quête du modèle, quand le pagayeur a plutôt intérêt à acquérir des compétences garantissant une réponse à toutes les situations, y-compris les plus saugrenues. A titre d'exemple, le latéral et le central sont efficaces à conditions d'avoir une pagaie entre les mains. C'est loin d'être toujours le cas, surtout lorsque les méchants esprits de la rivière s'acharnent à vous l'arracher. Doit-on alors se résoudre à nager ?

Assurément non ! On peut, dans ce cas précis, esquimauter avec les mains. On peut aussi prendre des repères, se redresser à l'aide d'une pointe offerte par un partenaire, ou bien rejoindre le bord en brassant sous l'embarcation.

Des solutions certes peu académiques, mais dont l'efficacité n'est plus à démontrer.

Mais la recherche de l'esquimautage universel est vaine ; il n'y a aucune technique miracle. Seules des solutions particulières peuvent répondre à des problèmes particuliers.

En revanche, il est facile de caractériser le bon esquimauteur : il dessale (dessaler est pris au sens de se retourner. Dessaler ne veut pas forcément dire nager) très souvent mais ne nage jamais. On apprécie la maîtrise de l'esquimautage en comptabilisant le nombre de bains pour 100 dessalages.

Gare au modèle

La bonne approche de l'esquimautage doit garantir de faire face à tout dessalage. En rivière, aucun esquimautage ne ressemble à un autre. Toute action est liée à un traitement d'informations qui permettra une bonne analyse du contexte et une prise de décision adaptée à l'environnement Apprendre à esquimauter, c'est donc rester en limite de « zone rouge » avec toujours une forte dose d'incertitude. Pour faire simple, pas d'exercice trop "confortable" : peu de chance d'en tirer bénéfice en situation réelle.

On réalise ainsi quels sont les dommages causés par certaines séances pratiquées en piscine (les séances en piscine ont cependant bien des vertus. La première d'entre elles étant d'entretenir la convivialité au sein d'une association). L'esquimautage peut y devenir, si l'on manque de vigilance, une procédure fermée (reproduisant un modèle) qui ne pourrait jamais fonctionner en milieu instable. La clé de la réussite en rivière, c'est l'adaptabilité.

Tout entraîneur, éducateur ou simple praticant désireux de voir son action récompensée par des résultats en eau-vive doit se garder de la dérive du stéréotype. C'est à l'évidence une tâche difficile. Les conseils qui suivent vous aideront sans doute ; ils n'ont cependant pas la prétention de constituer un catalogue exhaustif. Soyez inventifs.

 

Des pistes à travailler

Apnées contraignantes

Esquimauter, c'est passer du temps sous l'eau dans des conditions inhabituelles (position renversée, température, vision limitée, chocs, turbu-lences...). Autant s'y préparer en travaillant ces apnées un peu spéciales.

Exemple : sur une rivière large, rapide et moyennement chaude (type Durance), dessaler sans pagaie au milieu d'une veine d'eau, sortir une main de chaque côté du bateau et attendre l'embarcation « amie » qui vient vous offrir sa pointe pour esquimauter. Bien entendu, la durée de l'apnée ne dépassera pas quelques secondes au début, pour atteindre par la suite et progressivement 30 à 45 secondes (ou plus !).

Dans un environnement identique, une variante peut consister à rejoindre le bord en imitant l'escargot, c'est-à-dire en nageant sans sortir du bateau. Là encore, on fait croître les distances de « remorquage » en fonction de la maîtrise progressive de l'apnée

Recherche de la portance

Esquimauter, c'est trouver un appui pour redresser le couple embarcation/pagayeur. La portance maximum est donc de rigueur, ce qui implique suffisamment de lucidité pour la trouver. Une dalle rocheuse à fleur d'eau est, par exemple, bien plus intéressante qu'un tourbillon descendant, pour peu qu'on ait le temps de choisir (intérêt d'une bonne apnée). Par ailleurs, si l'appui est recherché par l'intermédiaire de la pagaie sur le seul milieu aquatique, il convient de trouver la portance par une action dynamique (synonyme de force croissante) ou par un effet d'incidence (plus facile à dénicher dans un central avant que dans un rétro-central).

Exemple : esquimauter en réduisant progressivement les surfaces d'appui (planches, pales, etc...)

Droite/gauche, même combat

On ne choisit pas toujours le côté sur lequel il faut esquimauter. Toute technique maîtrisée à droite doit l'être aussi à gauche, et réciproquement Si tel n'est pas le cas, avoir une panoplie d'armes de chaque côté semble un minimum vital.

Exemple : Tout ce que je réalise à droite, je le reproduis à gauche, et vice-versa.

Couple de redressement

Si l'on simplifie quelque peu le bilan des forces en présence au cours d'un esquimautage, on peut affirmer que le redressement le moins coûteux sur le plan énergétique sera effectué avec les différentes parties du corps dans le plus proche voisinage de l'axe passant par les deux pointes du bateau. Cette règle vaut en particulier pour la tête qui est une masse importante très excentrée de l'axe de rotation. Toutes les contorsions sont donc permises, pourvu qu'elles visent à diminuer l'effort à produire. A ce jour, les solutions les plus efficaces consistent à « s'enrouler » dans le prolongement du geste : sur le côté pour un appui latéral, sur le pont arrière pour un mouvement central, sur le pont avant pour un rétro-central.

Exemple : chercher les enroulements qui vous permettent en fonction de votre « panoplie », d'esquimauter sans aucun effort.

Réglage et choix du matériel

Les calages (cuisses, genoux, pieds, hanche et dos) sont fondamentaux pour bien naviguer ; ils le sont également pour bien esquimauter parce qu'ils favorisent la transmission entre l'appui et le bateau. Autre détail important : le profil du manche de pagaie. Ovalisé, il permet de garder des repères sur l'orientation des pales si l'on ne déplace pas les mains pour se rétablir. Le choix de l'embarcation influence fortement la qualité de l'esquimautage ; sa forme, son poids, la hauteur de son siège... sont des paramètres à examiner avant tout achat. Il est également capital de posséder un gilet et un casque à forte flottabilité. Ils joueront le rôle de déclencheur en amenant automatiquement le buste et la tête à la surface. Si nombre de gilets répondent à cette attente, rares sont les casques qui intègrent la préoccupation de forte flottabîlité. L'amateur de rivière difficile utilise en général un casque de moto dont la garniture est constituée d'une grande proportion de polystyrène expansé. L'esquimautage s'en trouve bigrement facilité.

 

Vouloir progresser en eau-vive, c'est prendre le risque d'aller tôt ou tard côtoyer les truites. L'esquimautage est alors le bienvenu, s'il fonctionne.

 

 

On entend trop souvent, suite à une « sortie » involontaire, des lamentations du type :
« Pourtant, d'habitude, j'y arrive» Renseignements pris, le « d'habitude » concerne de bonnes conditions, en eau plate, claire, chaude, et surtout quand on l'a choisi. Alors, si l'appel des flots vous gagne, commencez par l'esquimautage. Vous serez étonné par les progrès qui en découlent. Optez pour un esquimautage tout terrain, et qui privilégie la fin aux moyens.

 

 

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L'éclairage de Jean Lamy :


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