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Techniques mises en oeuvre lors des mondiaux de Bourg Saint Maurice 2002

Techniques mises en oeuvre lors des mondiaux de Bourg Saint Maurice 2002

Par Pierre Peschier

(publié initialement sur le site du CDCK 74)

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Avertissement

Les techniques décrites dans ce document ne sont en aucun cas représentatives de l'ensemble des connaissances et compétences nécessaires à la sécurisation de toutes les pratiques d'eau vive. Elles sont celles qui ont été choisies pour répondre au mieux aux problèmes de sécurité posés par le cas particulier du bassin de slalom de Bourg Saint Maurice.

1) Le plongeur encordé:

Objectif : récupérer un nageur (conscient / inconscient) ou une embarcation dans une zone à fort relief et forte pente.
Principe : plonger, se saisir de l'objectif et le ramener au bord, grâce à la traction d'une corde.

Mise en oeuvre

Préalable

Utiliser un poste de sécurité de type " plongeur encordé ", c'est exposer le sauveteur à un fort risque de coincement. La corde, mousquetonnée à la sangle ventrale du gilet harnais, dans le dos du plongeur, peut se coincer dans le lit de la rivière ou sur le bord. Dans ce cas, le sauveteur peut se trouver bloqué sous l'eau, prisonnier de son encordement. Il doit alors pouvoir se libérer, en ouvrant sa sangle ventrale et partir " en solo " dans le cours d'eau. Cette éventualité (coincement de corde et libération de la boucle ventrale) doit être simulée fréquemment et impérativement maîtrisée avant de vivre le poste de plongeur encordé.

plongeur

Toute simulation de coincement de corde doit cependant permettre une libération du plongeur (noeud largable, noeud de mule, mousqueton largable, couteau pour couper la corde, etc.), dans le cas où ce dernier ne parviendrait pas à ouvrir sa boucle de gilet harnais.

Le plongeur :
Il doit se placer sur une avancée, pour accéder facilement à tout positionnement de l'objectif à récupérer. La fin de sa trajectoire tractée doit se situer dans un contre courant " confortable ".

Le plongeon doit être du type " crapaud " ou " ricochet ". Le plongeur doit rester en surface, le regard rivé sur l'objectif. Il ne doit pas " tomber " sur le nageur, mais glisser jusqu'à lui. La saisie d'un nageur doit se faire par le haut du gilet ou par un positionnement dorsal (type sauvetage MNS). Eviter de se trouver face à face avec le nageur, pour faciliter la saisie.

Cas particuliers :
- plonger juste en amont dans le cas d'une récupération courte (moins de deux mètres)
- si la zone de récupération est rapide, profonde et sans obstacle (poste 5 à BSM), l'utilisation de palmes permet au plongeur d'élargir son rayon d'action.

Le poste de traction :

La corde doit être correctement préparée au sol, afin d'éviter tout risque de coincement, de boucle ou de noeud. Pendant la phase de plongeon, la corde doit accompagner le plongeur, jusqu'à la saisie de l'objectif. La traction représente une force considérable. Une seule personne ne peut pas résister sur le bord à la saisie d'un nageur en eau vive. Soit on positionne deux à trois " tracteurs ", soit on place un point de renvoi (plaquette + goujon en milieu rocheux ou sangle sur un arbre), équipée d'un mousqueton à vis.

ATTENTION !
Dans le cas d'un fonctionnement avec point de renvoi, ne pas utiliser de corde en sac, côté rive, car en cas de problème, le sac peut se coincer dans le mousqueton en bout de course.

Le point de traction se trouve en principe en aval du lieu de plongée. Dès l'objectif saisi, la corde doit être " ravalée " pour atteindre la longueur idéale amenant le plongeur dans le contre courant visé (schéma ci-contre). En cas de situation complexe, cette longueur peut être testée au préalable et une marque visible positionnée sur la corde.

Positionnement du point de traction:

Pour une efficacité optimum, placer le point de traction (point de renvoi ou placement des " tracteurs ")
- en hauteur, de manière à ce que la corde passe automatiquement au-dessus de tous les obstacles (rochers) pouvant gêner sa trajectoire (balayage circulaire)
- le plus loin possible sur la rive (" à l'intérieur des terres "), pour favoriser le phénomène de mouvement pendulaire.

Explications:

En fin de parcours tractée, quand le plongeur rejoint le bord

- en A, le point de traction est sur le bord de l'eau. L'ensemble de la force est " encaissée " par le point de renvoi ou par le/les tracteurs. Sans point de renvoi, et si le contre courant d'arrivée est fuyant, l'ensemble du dispositif (plongeur, tracteurs) part, contre son grès, au fil de l'eau !

- en B, le point de renvoi est positionné loin sur la rive. La traction sur la corde est réduite, (d'un tiers dans l'exemple ci-dessus), et une force de balayage apparaît ; elle a pour effet de ramener automatiquement le plongeur contre la rive. Résultat : économie et efficacité !!

N.B. : un poste de plongeur encordé doit pouvoir s'installer et surtout se déplacer rapidement en cas de nécessité. Chaque seconde compte quand une victime est coincée sous l'eau.

2) Tyrolienne mobile

Objectif :
se rendre rapidement sur un coincement en milieu de rivière.
Principe :
faire varier l'angle entre axe du courant et corde joignant les deux rives pour conduire un sauveteur " athlétique " sur un obstacle.
Mise en oeuvre :
Traverser une corde statique (type spéléo) de 10 ou 11 mm de part en part de la rivière. Placer 3 équipiers sur chaque rive pour conduire les déplacements de la corde. Le sauveteur (encordé ou non) tient à bout de bras un anneau de sangle de 50 cm relié à la corde porteuse par un mousqueton (coulissant librement latéralement sur la corde). Un coordonnateur est chargé de piloter l'ensemble de la manoeuvre.

Etape 1 :

- la corde est tendue à 45° avec l'axe de la rivière. Le sauveteur est emporté par la force du courant et l'effet téléphérique jusqu'au contre courant en aval de l'obstacle visé.

Etape 2 :


- la corde est rapidement ramenée à la perpendiculaire de l'axe du courant (les 3 équipiers de chaque rive doivent se déplacer avec vitesse et précision, sur un terrain souvent délicat). La corde est tendue à l'extrême. Cette opération est supervisée par le coordinateur qui doit donner des ordres clairs, intégrés simultanément sur les deux rives.

- les sauveteurs , sur chaque rive, se déplacent légèrement vers l'amont (la corde se positionne en V très ouvert) pour permettre au nageur de monter sans difficulté sur l'obstacle (position A sur le schéma ci dessus).

- Dès que le nageur s'est rétabli sur l'obstacle, la corde est ramenée à la perpendiculaire de l'axe de la rivière, au niveau de la victime (position B). A partir de cet instant, elle va servir d'appui au sauveteur. Elle doit être tendue au maximum. Trois placements sont possibles. a) au dessus de la tête ou du buste du sauveteur, afin que ce dernier puisse se tracter b) sous les bras du sauveteur, qui se couche à plat ventre sur la corde pour pouvoir intervenir avec ses deux mains sur la victime c) sous ou au dessus de la victime, pour la dégager ou lui permettre de respirer

Etape 3 :


- une fois la victime (ou l'embarcation) dégagée, le retour au bord s'effectue :
a) en ramenant la corde porteuse dans la position initiale (étape n°1) ; le sauveteur rejoint la rive opposée à celle de son entrée dans l'eau.
b) en plaçant la corde selon un angle de 45° inversé par rapport à l'étape 1 (voir schéma ci dessus). Le sauveteur est rapatrié du côté où il est parti.
c) grâce à la corde du gilet harnais, si le sauveteur est parti encordé, la corde maintenue par un septième homme sur la rive de départ. La force de balayage le ramène très facilement sur la rive d'où il s'est élancé, selon un fonctionnement identique à la situation de plongeur encordé.

Attention !!!

Cette formule demande beaucoup de coordination entre les différents acteurs ; un entraînement régulier est indispensable.
Bien qu'une tyrolienne mobile puisse se mettre en place rapidement, il est préférable d'anticiper son utilisation en traversant une corde d'une rive à l'autre et en la fixant provisoirement. Sur un bassin de slalom, plusieurs cordes seront ainsi réparties sur l'ensemble du parcours, prêtes à être utilisées en cas d'accident.

Tyroliennes mobiles particulières

Mise en garde :
ces techniques sont à utiliser avec la plus grande réserve, dans des cas limités ; elles sont d'une efficacité aléatoire, ce qui doit rendre leur mise en place exceptionnelle.

Sauvetage par l'amont :

Dans le cas d'une veine d'eau de faible puissance, le sauveteur (qui doit être particulièrement robuste et athlétique) part à la nage , en amont de la victime, pour se positionner dans l'axe de cette dernière. La tyrolienne est tendue au ras de l'eau quelques mètres en amont de la victime. Le sauveteur vient se crocheter sur la corde au niveau de l'abdomen (en accent circonflexe " < ", le buste au dessus de la corde, les jambes en dessous).
La traction sur la corde est alors très violente et la pression sur le sauveteur extrême. Ce dernier ne respire qu'au bénéfice d'une gerbe d'eau lui encadrant le visage (d'où la nécessité de réserver cette intervention aux courants peu puissants).
Les équipiers de chaque rive se positionnent pour amener le sauveteur sur la victime. Un travail de stabilisation ou de décoincement peut s'opérer.

Dégagement d'une victime par crochetage

Quand une victime est coincée sous une langue d'eau et qu'aucune approche n'est possible, un crochetage peut être tenté.

Une chaîne (lourde et assez longue) est accrochée à une extrémité d'une tyrolienne en place. Une nouvelle corde est attachée à l'autre extrémité de la chaîne. Cette dernière peut alors être traversée et placée dans l'axe et en aval de la victime.

Les deux équipes, placées sur chaque rive, font couler la chaîne, puis en la remontant vers l'amont, ils crochètent la victime pour la décoincer.
Cette opération peut être également tentée en reliant deux cordes en sac lestées avec des cailloux.

Ce type de dégagement est extrêmement hasardeux (il faut beaucoup de chance pour crocheter une partie du corps de la victime) et techniquement très délicat à réaliser (car la puissance du courant à tendance à remonter la tyrolienne vers la surface, malgré le lest).

3) Tyrolienne fixe

Sur un câble métallique pré-installé, on fait coulisser (grâce à deux cordes navette) une grosse poulie ; cette dernière, par l'intermédiaire d'une deuxième poulie (connectée à la première par une sangle de 50 cm) et d'une corde statique, relie un raft avec la berge. Un ou deux équipiers prennent position dans le raft . Ce dernier est positionné dans l'axe de l'incident (mouvement droite-gauche de la poulie sur le câble), puis déplacé de l'amont vers l'aval (ou vice versa) pour atteindre avec précision la victime. Une quatrième corde peut être installée pour dégager la victime dans l'axe aval/amont et la monter éventuellement dans le raft.

Les équipiers qui montent dans le raft doivent être des navigateurs, maîtrisant parfaitement les notions de gîte et de propulsion à la pagaie simple.

 

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