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Naviguer en groupe

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Par Philippe DURAND

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Essai de code de conduite, par René Rocher

 

 

 

Navigation en groupe de 10 et plus

Dans un excellent document de P. Bunichon [2] était mentionné dans la planche "Le groupe" : "au-delà de 7, il faut segmenter le groupe". Pourtant, il m'est arrivé d'effectuer des navigations en nombre (une bonne quinzaine), y compris en classe V dans les Pyrénées ou dans les Cévennes avec des amis de la Cévennes Connexion (que je salue au passage !) sans que cela ne pose le moindre problème de sécurité : bien au contraire !

Type d'organisation :

- Il y a le schéma traditionnel ouvreur-serre file et les préconisations en la matière ( [1] et [p26] ), qui s'adresse plus particulièrement aux tailles de groupe inférieur à 10, quand les reconnaissances et les sécus sont systématiquement faites par les mêmes personnes. Les temps d'attente peuvent alors être longs, suivant la rivière, ce qui à la fois rallonge les temps de descente et facilite le refroidissement des troupes. On peut appeler ce schéma le type "série".

- Il y a un autre schéma possible, objet de ce document, lorsque les compétences du groupe sont accrues, qui ne souffre pas de la même limitation en nombre de participants et offre une sécurité supérieure. C'est le schéma de type "parallèle".

Quelques conditions préalables

Type de rivière :

Les rivières de type cévenol en marche d'escalier se prêtent davantage à une navigation en nombre qu'un toboggan tout blanc (comme la Haute Lesponne, le Gyr, ...), où les contres sont extrêmement court, quand il y en a et qui demande alors une extrême rigueur dans le positionnement et l'étalement du groupe pour retrouver des conditions de sécurité acceptables.

Le type de navigation parallèle est particulièrement efficace sur des parcours où les reconnaissances sont nombreuses, justement à partir de la classe IV.

Le niveau d'eau :

Il doit être raisonnable, sinon les rapides s'enchaînent trop rapidement, et pourraient exposer des membres du groupe à des bains forcés, pour les mêmes raisons évoquées ci dessus.

Capacité technique du groupe :

Plusieurs noyaux de 2 ou 3 personnes peuvent assurer une bonne sécu ou des reconnaissances. L'ensemble du groupe a évidemment un niveau technique suffisant pour le parcours envisagé avec le niveau d"eau du moment, sauf éventuellement pour quelques passages plus techniques. Si quelques personnes ont un niveau un peu juste ou sont en manque de forme, elles devront faire l'objet d'une attention particulière, et tout devra être fait pour limiter leur fatigue (voir à ce propos [1] ) : ceci peut arriver en cours de descente, donc soyez à l'écoute des autres et observez les petits signes de fatigue (esquimautage, bain, gamelle lors de portage,...) si le stress ne monopolise pas toute votre énergie !

Déroulement du schéma "parallèle"

Il n'y a pas d'ouvreur ou de serre file désigné pour l'ensemble du groupe mais on peut retrouver le schéma ouvreur-serre file implicitement dans la descente au niveau de sous-groupes. On ne laisse pas de personne isolée. Si il y a un retardataire à l'embarquement ou suite à un bain, il y a une paire de personnes qui l'attendent.

Vu de dessus, la navigation est en accordéon. Compressions sur les passages difficiles / étalement sur les parties intermédiaires : il appartient à chacun de gérer les phases intermédiaires, plus faciles en s'associant clairement à un sous-groupe. En théorie, il faudrait toujours être en visibilité d'un partenaire et fréquemment se retourner pour voir si on ne laisse pas un écart trop grand avec le précédent. Dans ces phases là, le risque de bain est peu important mais une assistance est toujours la bienvenue (cravate ou autre). Les phases intermédiaires sont des navigations à vue (voir les différents docs sur ce sujet).

A la première difficulté sérieuse, une équipe de sécu se met en place schéma [p27]. La sécu est éventuellement remplacée [p29]. Pendant ce temps, si l'équipe n'a pas besoin de renforts particuliers, les autres sont partis devant en repérage. Et d'autres passages sont sécurisés. Dans tous les cas, c'est une personne expérimentée qui part en dernier d'un passage clé : charge à elle de ne laisser aucun retardataire au bord de la rivière (si retardataire seul, il y a déjà eu un bug dans la procédure).

Quelques fois, il suffit qu'une personne débarque pour indiquer la passe à tous les suivants. La communication est alors primordiale : sauf cas très exceptionnel, elle a un visuel sur l'entrée et la sortie du rapide de façon à réguler le groupe, à indiquer quand la voie est libre, à demander de l'aide si nécessaire. Il faut que cette personne ait une bonne lecture de l'eau et indique par quelques gestes appropriés le positionnement et l'incidence du bateau ou le cheminement préférable. L'erreur de jugement est possible et elle rectifiera le tir après le passage du premier si nécessaire. Si il y a un risque important dans le positionnement qui ne peut raisonnablement être anticipé, faire débarquer pour que chacun soit apte à juger si il est capable ou non de franchir le passage et si il accepte la sanction encourue. On n'envoie pas les gens au carton ! Certains porteront le passage (sans perdre de temps) alors que d'autres effectueront la descente. [p27]

Des passages clés (rappel achetable, ...) peuvent demander une sécu renforcée : grâce aux différentes sécu dispo dans le groupe, il peut y avoir 2 cordes déployées, et 2 sauteurs (sur la même rive ou sur la rive opposée suivant la configuration), ceci pour mettre toutes les chances de son côté pour sortir quelqu'un d'une mauvaise passe. Ces endroits sont propices au regroupement, car cela prend du temps à mettre en place, il y a généralement du spectacle, la monopolisation des plus expérimentés empêchent aussi la progression, on prend une bonne leçon de sécu en rivière...Quand le groupe a fini de jouer, tout le monde se remet en branle.

Dans le cas où le temps viendrait à manquer, les sécus ou le groupe sont amenées à shunter des passages qui prendraient du temps à sécuriser (surtout dans le cas de portages peu contraignants).

Chaîne humaine : parfois, le groupe doit s'organiser pour porter un obstacle. Il faut alors rapidement penser à une organisation qui optimise le portage/réembarquement, sinon on peut perdre beaucoup de temps inutile. Sans oublier le facteur sécurité, en prenant garde que le matériel ne se perde pas ou pire aille blesser un co-équipier. Veiller à ne pas casser la logique de la chaîne si elle existe, cela perturbe l'organisation. Si il y a plusieurs possibilités débarquement/embarquement (sur les 2 rives par exemple), le groupe se répartira naturellement et équitablement pour repartir aussi sec (!).

Respect des autres : sauf imprévu de dernière seconde (stop manqué par exemple), on respecte les distances avec le navigateur précédent. Plus le courant est rapide, plus la vigilance sera grande et l'espacement important. Si quelqu'un est arrêté et manifestement attend les consignes de l'ouvreur ou d'un gars qui a débarqué, il faudra s'arrêter le plus tot possible, afin que l'information remonte rapidement, et éviter que le groupe ne vienne s'agglutiner dans un contre minuscule.

Entraide : en rivière difficile ou avant un danger, l'entraide doit être forte. Tenir l'anneau de bosse de quelqu'un qui débarque ou qui embarque dans des conditions difficiles lui enlèvera un stress inutile et l'énergie non gaspillée sera mise à profit ailleurs.

Remarque : même à 5 personnes, avec de bonnes compétences individuelles, sur des rivières à reconnaissance fréquentes et au développement important, le schéma parallèle est parfois mis en place pour économiser temps et ressource (débarquer demande de l'énergie et use sur de longs parcours), chacun peut contribuer dans la limite de ses possibilités à aller de l'avant.

Conclusions :

Ne refusez pas d'intégrer du monde dans votre équipe, si en plus ces personnes ont des compétences, votre navigation n'en sera que plus riche : vous serez globalement gagnant en temps et en sécurité, pourvu que la rivière ne soit pas trop rapide ou le niveau trop haut. C'est aussi cette ouverture d'esprit qui pour moi fait la force de notre sport.

[1] Jean Lamy : Pédagogie du risque

[2] Patrick Bunichon : document powerpoint La sécurité du 30/03/2001 CKC Annecy. Diffusion FFCK Cdrom Sécu suite à stage sécurité F2 du 21/22 sept 2002 à Bourg St Maurice. [dispo en format powepoint ou format PDF]

Pages "sécurité en eau vive" de J. Lamy : [p26], [p27], [p29]

 

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